Onze raisons de se méfier d'une activité aussi consensuelle qu'elle est, sur le fond, contraire à tout ce que l'on sait de l'apprentissage.
Il n'y a pas plus consensuel que le relais. Dans une cour d'école, un gymnase, un stade, une piste de ski : dès qu'il faut animer un groupe d'enfants avec un soupçon de compétition, le relais s'impose comme une évidence. Facile à mettre en place, universellement compris, il a pour lui l'ancienneté et l'unanimité.
C'est peut-être bien le problème. Le relais n'a jamais été pensé pédagogiquement, il a été hérité de la compétition. Et à y regarder de près, presque tout dans sa mécanique va à l'encontre de ce que l'on sait aujourd'hui de l'apprentissage.
Voici onze raisons de s'en méfier, construites en miroir avec ce que propose une activité comme Learn-O, où chacune de ces limites a justement été traitée.
Un nombre d'équipiers qui doit être identique
Le relais impose des équipes de taille rigoureusement égale, sous peine de fausser la course. Un enfant absent, une équipe impaire, et c'est toute l'organisation qui se grippe.
Une confrontation qui s'effondre en cours de route
Dès qu'un écart se creuse entre deux équipes, souvent dès le premier ou le deuxième passage, le suspense retombe. La course est jouée avant la fin.
Un seul passage, aucun droit à l'erreur
Chaque enfant n'a qu'une occasion. Un passage raté, et c'est terminé pour lui, pas de rattrapage, pas de deuxième chance.
Le « boulet » sous les projecteurs
« Attention, regardez, il va nous faire perdre. » Cette phrase, tous les enseignants et moniteurs l'ont entendue, ou prononcée. Le relais expose mécaniquement l'enfant le plus faible au moment précis où il est le plus en difficulté.
Le boulet pénalise, il ne fait jamais progresser
Dans un relais, l'enfant en difficulté ne peut que desservir son équipe. Il n'existe aucune configuration où sa contribution est positive.
Une fin de course écrasante
Une équipe termine, se félicite, célèbre sa victoire, pendant que, dans le même espace, d'autres enfants n'ont pas encore couru. Le message est sans ambiguïté : ton tour ne comptera plus vraiment.
Un seul enfant actif à la fois
C'est sans doute le point le plus lourd de conséquences : à tout instant, un seul membre de l'équipe agit, tous les autres attendent. Le temps d'engagement moteur et cognitif de chaque enfant est dérisoire.
Aucune mesure individuelle
Le relais ne produit qu'un résultat d'équipe. Impossible pour un enfant de savoir où il en est individuellement, de visualiser sa propre progression, de se situer.
Une épreuve sans filet
Qu'il s'agisse d'un problème matériel (une fixation qui casse, un témoin qui tombe, une carabine qui beugue) ou d'un souci technique quelconque, l'incident oblige souvent à tout recommencer, pour tout le monde.
Impossible de savoir qui est le meilleur
Paradoxe absolu d'une activité censée être compétitive : le relais ne permet quasiment jamais d'identifier le meilleur élève. Il est souvent placé en dernier relayeur et arriver dernier faute d'avoir pu rattraper un écart déjà creusé. Il court souvent seul quand toutes les autres équipes ont déjà terminé.
Un nombre d'équipes limité par le matériel
Le relais impose une contrainte logistique supplémentaire : le nombre d'équipes possibles est plafonné par la quantité de matériel disponible.
Aucun de ces onze points, pris isolément, ne suffirait à condamner le relais. C'est leur accumulation qui pose problème : une activité qui, sur presque tous les critères qui définissent une bonne situation d'apprentissage, échoue systématiquement.
Le relais n'est pas une mauvaise idée parce qu'il est mal exécuté. Il est une mauvaise idée par construction. C'est en cela qu'il mérite bien son titre : la pire des bonnes idées.
Reste une question légitime : peut-on encore proposer une activité par équipe sans reproduire ces onze écueils ? La réponse est oui. Développer cette solution dépasserait le cadre de cet article, mais elle existe bel et bien, c'est précisément ce que Learn-O a déjà construit.
Learn-O, articles & réflexions pédagogiques
Thierry BLONDEAU
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