Essai — pédagogie du ski

Le jardin d'enfants ski

Alpin ou nordique, ce n'est pas la même durée. Et ça change tout.

5 min de lecture · Ski · Pédagogie · Learn-O ·

Une réussite qu'on ne remet pas en cause

Le jardin d'enfants ski alpin est une réussite pédagogique. La mignonitude, ou la rigolosité, y fait tout le travail : l'art de proposer des enveloppes rigolotes ou mignonnes pour habiller les situations pédagogiques. Les mascottes, grâce à cette mignonitude, boostent l'engagement des enfants. L'organisation de la circulation est optimisée, les enfants tournent sur les ateliers, toujours à la vue des moniteurs, et ces ateliers se matérialisent facilement sur le terrain.

Il n'y a rien à redire à ce modèle. Il fonctionne, il est bien pensé, il n'a pas besoin d'être réinventé.

Une différence qu'on ne peut pas ignorer

Il existe pourtant une différence fondamentale entre le ski alpin et le ski nordique, et elle ne se situe ni dans la pédagogie, ni dans le matériel. Elle se situe dans le temps.

Un enfant en jardin d'enfants alpin y passera, dans toute sa vie, 3, 4 ou 5 jours. Une fois le niveau technique minimum acquis, il peut passer une journée entière sur les pistes, comme n'importe quel skieur. Le jardin d'enfants alpin est un sas, un lieu de passage, traversé une bonne fois pour toutes.

Il n'en est rien du jardin d'enfants nordique. Même une fois le niveau technique minimum acquis, une journée sur les pistes reste impossible. Ce n'est pas la technique qui manque, c'est le physique, qui devient alors le facteur limitant. On ne fait pas 25 kilomètres de ski de fond à 5 ans, aussi bien skie-t-on.

Le jardin d'enfants nordique ne peut pas être pensé pour y passer 3, 4 ou 5 jours. Il doit être pensé pour y passer 3, 4 ou 5 ans.

L'erreur qu'il faut éviter

Vouloir calquer le jardin nordique sur le modèle alpin serait une erreur, précisément parce que la problématique n'est pas du tout la même. Un dispositif conçu pour un passage bref peut se permettre une certaine répétition : les mêmes mascottes, les mêmes ateliers, suffisent amplement sur 3 à 5 jours, l'enfant n'aura jamais le temps de s'en lasser. Un dispositif que le même enfant va retrouver chaque hiver, pendant plusieurs années, ne peut pas se permettre la même chose. La mignonitude qui fonctionne à merveille la première saison risque de s'épuiser complètement à la troisième, si rien n'évolue entre-temps.

Ce qu'il faut à la place

Le jardin nordique ne doit surtout pas être un jardin au rabais. Puisqu'on y reste beaucoup plus longtemps avant d'en sortir, il ne peut pas se permettre d'être perçu comme une version simplifiée de la vraie pratique, une salle d'attente en attendant mieux. Il doit au contraire réunir toutes les disciplines du ski nordique, pas une sélection réduite pour occuper les tout-petits.

Le jardin nordique a besoin de possibilités d'évolution beaucoup plus importantes que le jardin alpin. Pas un seul univers figé, mais plusieurs portes d'entrée vers lesquelles grandir : le biathlon, le boardercross, des jeux Learn-O. Autant de disciplines et de formats différents, capables d'offrir, année après année, une nouvelle raison de revenir, sans jamais reproduire exactement ce que l'enfant a déjà vécu la saison précédente.

Et il faut un espace pensé pour ça : à vue, très inspirant, très dynamique, un lieu où l'on a envie de revenir, pas seulement un lieu qu'on a bien aimé une fois.

Ce n'est pas une idée à tester. Learn-O propose déjà du biathlon à partir de 3 ans, et ça fonctionne très bien. La preuve n'est plus à faire, elle est déjà sur le terrain, chaque hiver.

Ce que ça change

Le jardin d'enfants alpin a résolu un problème d'accueil ponctuel. Le jardin d'enfants nordique doit résoudre un problème de fidélisation dans la durée, ce qui n'est pas un problème plus difficile, c'est un problème d'une autre nature. Copier une solution qui a fait ses preuves ailleurs, sans se poser cette question du temps, c'est prendre le risque de construire un jardin très réussi, mais seulement pour la première année.