Ce qui se passe, concrètement
En course d'orientation, on laisse partir les enfants. On ne les voit plus pendant toute la recherche des postes. On les attend à l'arrivée, quand tout est déjà fini, quand tout est déjà joué.
Mais enseigner, c'est aider pendant. Enseigner, c'est aider au cœur de l'action. Un adulte qui n'est présent qu'avant le départ et qu'après l'arrivée n'a, par définition, jamais pu aider pendant, il n'aide pas il évalue, et c'est très différent.
Une question toute simple
Connaissez-vous une seule autre discipline où l'enseignant n'est pas présent pendant la séance ?
Non. Il n'en existe aucune.
Imaginons un moniteur de ski qui dirait à ses élèves : les enfants, moi je reste ici, au télésiège, je vous attends. Vous prenez la remontée seuls, vous suivez les flèches noires. Moi je vous attends en bas. Vous me direz alors où vous êtes tombés, et je vous dirai alors pourquoi.
Personne n'accepterait ça pour du ski. Personne ne l'accepterait pour de la natation, du tennis, de la gymnastique, du basket. Pourtant, en course d'orientation, c'est la norme.
Trois questions qui ne souffrent qu'une réponse
Est-ce la seule discipline du monde où l'apprentissage n'a pas besoin d'un enseignant ? Est-ce la seule discipline du monde où le cerveau des enfants serait, en quelque sorte, branché à l'envers ? Est-ce la seule discipline au monde où il ne serait pas utile d'aider pendant ?
Ou alors, est-ce simplement une erreur pédagogique, ancrée dans les esprits depuis plus de cinquante ans ?
En appliquant le rasoir d'Ockham, le principe de parcimonie scientifique qui veut qu'entre deux explications, on retienne la plus simple, la réponse s'impose. Il est beaucoup plus probable que la course d'orientation soit une exception pédagogique par erreur, que par nécessité. Si elle persiste, ce n'est pas parce qu'elle est juste. C'est parce qu'il est compliqué de la corriger.
Ce que confirment les neurosciences
Les neurosciences sont claires sur ce point : le retour d'information, la correction, doit être immédiat, sur le terrain, là où se passe l'action. C'est exactement ce que l'enseignement classique de la course d'orientation ne permet pas.
Dans 95% des cas, la course d'orientation s'enseigne par une succession d'évaluations. Tu pars. Je ne te vois plus. Je te donne une note. C'est une évaluation, pas un enseignement, même quand une tentative de correction suit, après coup. Le mot tentative n'est pas choisi au hasard. Une correction qui arrive après que l'action est terminée ne corrige déjà plus grand-chose.
Une solution qui existe déjà
Une première solution existe déjà, et elle a le mérite d'être simple : donner à l'enfant un suiveur, un adulte qui l'accompagne tout du long, pour l'aider au cas où. Le problème, c'est qu'elle mobilise une personne par enfant, ce qu'aucune structure ne peut se permettre à grande échelle. Et le suiveur, présent en permanence, a tendance à aider même quand ce n'est pas nécessaire, ce qui prive l'enfant de l'occasion de se tromper puis de se corriger seul.
La solution retenue :
Faire des petits parcours en papillon, plutôt que de longs circuits qui dispersent les enfants loin de tout regard. Mettre à disposition un système de correction sur ordinateur, facilement interprétable en autonomie par l'élève, pour qu'il sache lui-même, sans attendre personne, s'il a réussi.
L'enseignant reste sur le terrain. Il fait des huit à vélo électrique, pour se déplacer vite, et voit chaque enfant au moins toutes les deux minutes. Une seule consigne : si vous avez besoin d'aide, levez la main, je viens vers vous.
Chaque enfant bénéficie ainsi d'une possibilité d'aide au moins toutes les deux minutes, à l'endroit précis où il en a besoin, au moment précis où il en a besoin.
Enseigner, c'est ça.