Ceci n'est pas un ski.
On entend souvent que les skis de fond n'ont pas de carres, si un ski n'a pas de carres, alors ceci n'est pas un ski.
La carre, c'est une forme
La carre est l'arête du ski, cet angle vif entre la semelle et le côté. Le mot est de la famille de carré : il désigne d'abord une forme, pas une matière. Qu'elle soit en acier ou en plastique ne change rien à ce qu'elle est.
Un ski sans carres ne se comporte pas comme un ski, mais comme un kayak.
Une coque qui glisse de côté, qu'on ne peut pas mettre sur le chant pour qu'il morde la neige. Les carres sont aux skis ce que les roues sont à la bicyclette. Pas de carres pas de ski.
Avant le métal
Le ski existait avant la carre métallique. Au XIXe siècle, le Norvégien Sondre Norheim popularise les skis à taille de guêpe et les virages dérapés, qu'il montre notamment en 1868 au concours de Christiania.
C'est la première fois que l'on utilise pas le ski en le faisant déraper, qu'il n'avance plus uniquement linéairement dans la direction de sa géométrie.
Sondre Norheim invente le dérapage, le virage, le chasse neige, il invente le ski moderne.
Les carres en acier n'apparaissent que dans les années 1920 et 1930. pourtant Sondre Norheim a déjà inventé le ski moderne.
La mécanique du ski, c'est-à-dire les forces qu'engendre la forme d'un ski posé sur son chant, est la même depuis, bien avant l'arrivée du métal.
Le ski de fond c'est compliqué en descente, car les ski n'ont pas de carres !
Cette phrase est juste lunaire!
S'il suffisait de placer des carres métalliques sur les skis de fond pour régler définitivement le problème de la descente, alors demandons nous pourquoi les fabricants n'y ont jamais pensé ?
La réponse est : Ils y ont pensé, mais cela ne change pratiquement rien.
Pourquoi ?
Pour que le ski se comporte bien en descente il faut principalement deux choses:
Une géométrie adaptée, un cambre adapté.
La taille de guêpe. Un ski avec une géométrie plus étroite en patin, qu'en talon et spatule favorise le pivotement et également une trajectoire en courbe.
Un ski aux cotes droites (champs parallèles) va être directionnel, il va avoir tendance a conserver une direction, surtout si comme sur tous les skis nordiques il possède une ou plusieurs rainure sur sa semelle.
De plus le ski nordique est beaucoup plus fin,
sa géométrie fait qu'il s'enfonce plus facilement dans la neige en créant son propre rail.
Le cambre. Un cambre alpin est un cambre souple, le ski peut être déformé pour "passer d'une forme d'arc en forme de banane (cambre négatif)", cela facilite beaucoup le pivotement et la trajectoire en courbe.
Un cambre nordique est rigide, il ne se déforme pas
dans une position de cambre négatif. Il est donc très compliqué pour lui d'entrer dans une trajectoire courbe.
Attacher son talon, ne règle également rien, cela gomme les éventuelles erreurs, mais ne change rien aux mécanismes mis en jeu.
Ce qui nuit à la glisse :
la taille de guêpe, le métal, le ski trop souple, le ski trop large.
Ce qui
nuit au virage :
L'absence de taille de guêpe, le ski rigide, le ski droit, la rainure.
C'est toujours une histoire de compromis.
C'est un compromis. En ski alpin, il est inversé : le virage compte plus que la glisse, les pentes sont plus raides et plus dures, les freinages plus fréquents et moins handicapants, alors on garde les carres métalliques. En ski de fond, on fait le choix contraire. Le métal freine la glisse, et la glisse est ce qu'on cherche avant tout.
Le skating est une éternelle prise de carres : on pose le ski sur son chant pour s'y appuyer, sans une once d'acier. Le virage est également une grenelle prise de carres, chasse neige, dérapage, pas tournants
Ce qu'il faut retenir
Dans la définition d'un ski, quelque soit le ski, il y a toujours le mot carre.